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Acheter Base De Donnee Commerce de Details email des magasins de pièces automobiles

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GAGNON - La Grande Quincaillerie GAGNON - La Grande Quincaillerie: Commis Livreur Amqui
GAGNON - La Grande Quincaillerie GAGNON - La Grande Quincaillerie: Conseiller Aux Ventes Amqui
Commission scolaire des Monts-et-Marées Commission scolaire des Monts-et-Marées: Ergothérapeute Amqui
Bauval inc. Bauval inc.: DoseuOpérateur D'Usine D'Asphalte Ange-Gardien
Bauval inc. Bauval inc.: Mécanicien Industriel Ange-Gardien
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agences -e-reputation: mister auto 2019

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Notre agences e reputation utilise tout type d’outils pour développer modifier et influer sur la reputation en ligne de nos clients. A de multiples occasions nous sommes et nous avons été amenés à travailler avec plusieurs grandes marques dans différents secteurs d’activités et mettons à la disposition de nos clients nos outils pour atteindre les objectifs fixés par notre clientèle.
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Agence Web Nice: MISTER AUTO 2019

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Agence Communication digitale MISTER AUTO 2019

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Voir au-delà de la montre, le métal - Comment cette entreprise a emmené la production du métal à un niveau différent

La Suisse est un beau pays et elle est connu pour sa neutralité, le chocolat, les Alpes, le beau paysage, la propreté et aussi les montres de qualité. Les montres suisses sont un résultat d'un artisanat remarquable, et une intelligence dans la conception et la qualité si bien qu'ils se trouvent parmi les meilleures au monde.
Il est impossible de ne pas être impressionné par leurs montres. Et qui peut les blâmer? Lorsque vous considérez la qualité des matériaux utilisés pour créer une montre, vous savez qu'une montre Suisse vaut chaque centime. L'acier inoxydable dur qui conserve son éclat, l'alliage non corrodant et la face cristalline résistante aux rayures rendent les montres suisses extrêmement irrésistibles.
Mais le génie pur d'une montre ne repose pas sur son apparence extérieure. Le vrai génie est à l'intérieur de la montre - la mécanique qui donne vie à la montre. Chaque pièce au cœur de la montre travaille ensemble pour s'assurer qu'avec chaque tic-tac, la montre indique l'heure précise. Ces pièces sont petites et assez compliquées en forme et en design, mais assez puissantes pour donner l'heure précise.
Fondé par Léon Klein en 1946, L. Klein a été créé dans le but de s'engager dans le stockage et le commerce de métaux de qualité et d'aciers inoxydables. Ce qui est unique chez L. Klein, c'est leur sens aigu du détail pour la qualité dans l'approvisionnement de métaux durables. Les métaux fournis par L. Klein sont des aciers purs, avec une durabilité incroyable et une résistance à l'usure élevée. Leurs métaux uniques ont une excellente capacité de polissage, ce qui permet de maintenir ce brillant frappant. La marque de qualité de L. Klein dans la fourniture de métaux a été reconnue non seulement dans sa patrie, en Suisse, mais aussi sur les marchés internationaux. Aujourd'hui, L. Klein est un fournisseur bien connu de métaux pour les industries horlogères, médicales et automobiles. Ils ont même fourni leurs métaux à des fabricants comme Christophe Claret, une marque horlogère bien connue.
Ce que j'ai trouvé admirable, c'est l'héritage qui a été si diligemment conservé au cours des années. Lorsque Rudolf Schiess a rejoint l'établissement en tant qu'employé commercial en 1956, Léon Klein n'avait aucune idée qu'il était en train d'accueillir à bord un atout et qu'il passerait le flambeau de génération en génération. Rudolf Schiess a gardé le nom de L. Klein lorsqu'il a repris l'entreprise en 1975 jusqu'au moment où il a transmis l'affaire à ses fils Olivier et Philippe Schiess qui dirigent L. Klein jusqu'à ce jour. Et ils ont fait un travail remarquable. Maintenant, les métaux fournis par L. Klein sont vendus aux industries de la montre, de la médecine et de l'automobile partout dans le monde, même en petites quantités, ce que leurs concurrents ne peuvent pas prétendre pouvoir fournir. Bien qu'ils aient réussi à maintenir le nom, la marque et la réputation de L. Klein, ils n'ont jamais perdu la motivation. Ils sont toujours à la recherche des nouveautés et ils ont développé des qualités d'acier. En collaboration avec les principaux fabricants et métallurgistes en acier, L. Klein a développé de nouvelles qualités d'acier: le LAW 100X ® et le Chronifer ® M-15X. Ces métaux ont été créés par un processus très unique. Ce processus métallurgique implique la production de métal à partir de poudre. Il s'agit d'un avancement considérable dans l'histoire de la fabrication d'acier.
Vous serez surpris de constater que ce processus métallurgique de poudre a été capable de produire l'acier au carbone sans plomb et durcissable notamment LAW 100X® et l'acier variant martensitique durcissable Chronifer® M-15X. Cela ne s'arrête pas là; ces métaux ne sont pas seulement durs et durables, ils ont également une excellente capacité de polissage. Cela conserve ainsi la qualité esthétique propre et hautement polie des métaux Suisses. Il n'est pas étonnant que les métaux que L. Klein fourni soit très convoité dans l'industrie.
La prochaine fois que vous choisissez une montre, ne vous laissez pas séduire par son élégance extérieure. Appréciez la fine mécanique complexe des montres. Ils ont non seulement une grande force malgré leur petite taille, mais ils représentent aussi une culture riche, de l'histoire et de l'éthique du travail dont le monde sera toujours reconnaissant.
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La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

https://archive.is/5KYLY
Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
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Etats-Unis : face aux attaques, le syndicat des dockers ILWU tient bon - Les leçons de la bataille de Longview

https://archive.is/v44Hr
Le Bolchévik nº 200 Juin 2012
Les membres de la section locale 21 du syndicat des dockers ILWU (International Longshore and Warehouse Union) ont commencé le 7 février à charger du blé à destination de la Corée du Sud. C’était le premier bateau à entrer dans le tout nouveau terminal ultramoderne de la firme céréalière EGT à Longview, dans l’Etat de Washington. Deux jours plus tard, les membres de la section 21 approuvaient par un vote une convention collective de cinq ans couvrant à la fois les techniciens de maintenance et les opérateurs du terminal. Les briseurs de grève de la section locale 701 du « syndicat » jaune Operating Engineers ont dégagé, et le syndicat ILWU a repris sa place. Ceci marque la fin de près de deux ans de confrontation entre d’un côté l’ILWU et de l’autre le géant céréalier EGT, avec derrière lui, en fin de compte, toutes les ressources de l’Etat capitaliste.
Nous saluons la combativité et la détermination des membres de l’ILWU qui ont lutté avec tant d’acharnement, et tout particulièrement ceux de la section locale 21. Dès le début de cette bataille, le syndicat et ses alliés ont mobilisé leurs forces avec des actions syndicales comme on n’en avait pas vues dans ce pays depuis des dizaines d’années. Des piquets de grève de masse ont été organisés pour bloquer les trains chargés de céréales à destination du terminal EGT. Les flics ont riposté par une campagne de harcèlement, d’intimidation et d’arrestations à répétitions visant les membres de l’ILWU et ceux qui les soutenaient. Robert McEllrath, le président de l’ILWU international, qui avait lui-même été molesté par les flics, appela à lever les piquets le 7 septembre dernier, après une attaque de la police contre les piquets de grève, et à attendre le soutien d’autres dockers. Le lendemain, les ports de toute la région étaient paralysés, et les membres de l’ILWU convergeaient sur Longview et donnaient à EGT, à ses sbires et aux flics briseurs de grèves un avant-goût de ce qu’est réellement la puissance du mouvement syndical. Pendant que les médias hostiles à la classe ouvrière criaient partout que des milliers de tonnes de céréales avaient été jetées sur les voies, EGT, avec le soutien du Conseil national du travail [l’inspection du travail] d’Obama, a porté l’affaire devant les tribunaux qui ont condamné le syndicat à payer plus de 300 000 dollars d’amendes.
La direction de l’ILWU international a reculé et s’est contentée de porter plainte devant les tribunaux capitalistes et de faire campagne pour un référendum pour obtenir la révocation du shérif du comté de Cowlitz. Plusieurs trains chargés de céréales entrèrent sans encombre dans le terminal où ils furent déchargés par des jaunes de la section locale 701 des Operating Engineers. Fin 2011, EGT avait commencé à organiser le chargement des céréales avec le soutien de l’appareil de « sécurité intérieure » de l’administration Obama. Le syndicat faisait maintenant face à la flottille de bateaux et d’hélicoptères armés des gardes-côtes qui avait été mobilisée pour escorter le premier bateau qui remonterait le fleuve Columbia vers le terminal EGT. Invoquant de précédentes actions « violentes » de l’ILWU, les gardes-côtes imposèrent une « zone de sécurité » temporaire autour du terminal et de tout bateau en approche, et proclamèrent qu’ils étaient autorisés à prendre toute mesure nécessaire pour la faire respecter. Toute violation de cette zone pouvait être sanctionnée par des amendes d’un maximum de 250 000 dollars et jusqu’à six ans d’emprisonnement.
Le conseil syndical central des comtés de Cowlitz et de Wahkiakum publia un « Appel à l’action » appelant les travailleurs et leurs alliés à se mobiliser à Longview lorsque arriverait le premier bateau. McEllrath écrivit à toutes les sections locales du syndicat ILWU pour les inviter à se préparer à des actions de protestation. Le mouvement populiste « Occupy » organisa des caravanes qui devaient converger vers l’Etat de Washington en longeant la côte Ouest des Etats-Unis. Aux quatre coins du pays, des syndicats et des conseils syndicaux particuliers votèrent des résolutions et envoyèrent des lettres de protestation contre le déploiement de l’armée américaine pour attaquer l’ILWU.
Une confrontation entre les forces militaires déployées par l’administration Obama et des syndicalistes et des activistes du mouvement Occupy aurait eu un impact négatif sur les perspectives politiques des démocrates pendant la campagne des élections présidentielles de 2012. Alors que se répandait la nouvelle de l’arrivée imminente du premier bateau, le gouverneur démocrate de l’Etat de Washington joua le rôle d’intermédiaire pour négocier un projet d’accord entre l’ILWU et EGT.
Le « partenariat » entre le mouvement ouvrier et le capital est un mensonge !
Le président de l’ILWU international salue aujourd’hui « le partenariat entre l’ILWU et EGT » comme le début de « nombreuses années de fonctionnement sécurisé et productif du site, et de stabilité de l’industrie de l’exportation céréalière dans le nord de la côte Ouest ». Mais toute la bataille de Longview apporte en elle-même un démenti à la bureaucratie syndicale quand celle-ci cherche à promouvoir un soi-disant « partenariat » entre les dockers et les propriétaires d’EGT – un mensonge au cœur de l’offensive des patrons et de leur Etat qui, en l’absence de presque toute riposte, a considérablement affaibli les syndicats dans ce pays.
Le secteur céréalier américain est le plus important et le plus rentable du monde. C’est une industrie dont le chiffre d’affaire se compte en dizaines de milliards de dollars. Sa « stabilité » signifie la flambée des prix des produits alimentaires, la famine et la mort pour des millions de personnes sur cette planète. L’approvisionnement mondial en céréales est contrôlé par une poignée de géants agro-industriels, notamment Cargill et Archer-Daniels-Midland, qui ont tous deux leur siège aux Etats-Unis. Leurs profits dans ce pays proviennent d’une exploitation de plus en plus intense de la classe ouvrière, raison pour laquelle EGT a fait tout ce qu’il pouvait pour casser l’ILWU dans son terminal de Longview. Il n’a pas réussi à le faire. L’organisation syndicale sur toute la côte Ouest a été préservée ainsi que les emplois dans le port de Longview, où le syndicat est actif depuis 80 ans.
Dan Coffman, président de la section locale 21 de l’ILWU, a déclaré à Workers Vanguard que le syndicat avait obtenu gain de cause sur sa revendication que la société cotise à la mutuelle et à la caisse de retraite gérées conjointement par l’ILWU et l’association patronale PMA (Pacific Maritime Association). EGT sera également tenu de payer au tarif des heures supplémentaires tout travail au-delà de huit heures par jour. Néanmoins, le fait qu’EGT puisse obliger des membres de l’ILWU à faire des journées continues de 12 heures constitue une réelle menace pour la santé et la sécurité des travailleurs. (La convention collective signée par l’ILWU et la PMA autorise au maximum des journées continues de 10 heures, et ceci uniquement si le bateau doit appareiller immédiatement.) De plus, EGT paiera le travail de nuit au tarif de jour et non un tiers plus cher, ce qui était auparavant la norme.
Le syndicat a également réussi à imposer, contre la volonté d’EGT, que les techniciens de maintenance et les autres travailleurs à l’intérieur du terminal soient intégrés à l’ILWU. Ces travailleurs étaient auparavant sélectionnés séparément par EGT parmi les membres de la section 21 et embauchés en tant que salariés « permanents », en dehors du bureau d’embauche syndical de la section 21. Ils devaient ensuite décider s’ils voulaient ou non être représentés par l’ILWU. Le recours à des permanents, dont l’emploi est garanti par contrat avec une compagnie maritime ou un manutentionnaire particulier, est depuis longtemps autorisé par la convention collective entre l’ILWU et la PMA. Ceci constitue une entorse au système du bureau d’embauche syndical et de l’affectation à tour de rôle aux bateaux. Ces acquis de la grève historique de 1934, dans laquelle l’ILWU a été forgé, sont conçus pour répartir équitablement le travail disponible entre les membres de l’ILWU. Coffman nous a également expliqué que le syndicat avait perdu sur sa revendication de fournir les opérateurs de la salle de contrôle du terminal EGT, ce qui signifie que le terminal sera piloté par EGT.
Au moment où les syndicats, comme celui de la fonction publique du Wisconsin, se font laminer par les attaques des capitalistes, le fait que l’ILWU de Longview ait réussi à tenir bon face à EGT est un vrai succès. Mais la bataille est loin d’être terminée. L’ILWU est toujours sous le coup d’une amende de plus de 300 000 dollars dont il a fait appel devant les tribunaux fédéraux. Même si les tribunaux ont acquitté certains des ouvriers arrêtés, plusieurs membres de l’ILWU sont toujours inculpés, y compris au pénal. L’ILWU et ceux qui le soutiennent doivent se battre pour que toutes ces inculpations soient levées ! Et la prochaine bataille sera menée contre les autres sociétés céréalières le 1er octobre, quand l’accord sur la manutention des céréales qui les lie à l’ILWU sera renégocié.
Le terminal EGT de Longview, qui a coûté 200 millions de dollars, est le premier terminal céréalier à être construit aux Etats-Unis depuis 25 ans. Il est équipé pour traiter une moyenne de 3 000 tonnes par heure, très au-delà des 750 à 2 500 tonnes par heure des autres silos-élévateurs du Nord de la côte Ouest. EGT, qui prévoit de charger entre 150 et 200 bateaux par an à Longview, est un conglomérat multinational qui associe la société Bunge North America, dont le siège est à Saint Louis, le Japonais Itochu Corporation et STX Pan Ocean, un armateur sud-coréen. Cette entreprise espère ainsi tirer de juteux profits de l’augmentation annoncée des exportations américaines de maïs, de blé et de soja vers l’Asie. Face à une telle concurrence, les autres exportateurs de céréales chercheront à faire payer leurs pertes par les membres de l’ILWU.
La manutention des céréales par l’ILWU au Nord de la côte Ouest, pour l’essentiel du transport en vrac, est couverte par des conventions collectives différentes de celle entre l’ILWU et la PMA, laquelle est dominée par des armateurs de navires porte-conteneurs. La convention collective ILWU-PMA expirera en 2014. La PMA va suivre de très près les négociations dans le secteur céréalier ; elle cherchera à les utiliser à son avantage contre l’ILWU. Avec l’achèvement, la même année, des nouveaux travaux d’élargissement du canal de Panama, la PMA jouera sur la crainte que les armateurs envoient leurs porte-conteneurs directement vers la côte Est au lieu de les décharger sur la côte Ouest et d’expédier les conteneurs par chemin de fer à travers le continent. Le terminal de la compagnie APM à Hampton Roads en Virginie, ouvert en 2007, est hautement automatisé en comparaison avec les ports de la côte Ouest. C’est le troisième plus grand terminal à conteneurs des Etats-Unis. Les armateurs des deux côtes cherchent à dresser le syndicat ILA (International Longshoremen’s Association), qui organise les dockers de la côte Est et du golfe du Mexique et dont la principale convention collective expire le 30 septembre prochain, contre l’ILWU qui est relativement plus puissante, dans une course au nivellement par le bas avec comme enjeu les emplois.
L’ILWU et l’ILA sont tous les deux des bastions syndicaux de plus en plus isolés dans un océan de travailleurs non syndiqués avec des salaires bas dans la chaîne sans cesse plus développée du commerce mondial, que ce soit les camionneurs des ports, les travailleurs des entrepôts et des infrastructures ferroviaires intermodales ou les marins sur les cargos géants. L’érosion de la puissance des syndicats de dockers a aussi été amplifiée par la soumission de leurs directions à la compétitivité et aux intérêts nationaux des capitalistes qui dirigent l’Amérique. Ce qu’on a vu dans les piquets de grève de masse et les autres actions menées à Longview, c’est la puissance des travailleurs unis sur la base de leurs propres intérêts de classe dans la lutte contre les employeurs. Mais cette combativité initiale s’est heurtée de plein fouet à la collaboration de classes des dirigeants traîtres du syndicat.
Les lignes de front d’une bataille de classe internationale
La direction de l’ILWU a présenté la lutte contre EGT comme celle d’une petite communauté contre une multinationale « étrangère ». Il s’agissait au contraire d’une bataille de classe opposant les ouvriers aux propriétaires capitalistes d’EGT. Dans une bataille de ce genre, les propriétaires peuvent s’appuyer sur les forces de l’Etat capitaliste, qui est là précisément pour défendre leurs intérêts, depuis les flics « îlotiers » jusqu’aux forces du Département de la sécurité intérieure et l’armée, en passant par les shérifs. La puissance des travailleurs vient de leur organisation collective et de leur capacité d’arrêter la production et de bloquer le flot des profits. Pour utiliser cette force, les actions de solidarité entre différents syndicats et avec les travailleurs au niveau international sont cruciales. Et elles le sont d’autant plus avec les livraisons « juste à temps » et l’interconnexion croissante de la production mondiale. C’est précisément parce qu’elles sont particulièrement efficaces que des actions telles que le refus de charger ou décharger des cargaisons et les grèves de solidarité ont été déclarées illégales.
Comme dans n’importe quel conflit, la question de qui gagne et qui perd est décidée par la force relative des camps qui s’affrontent. La puissance du syndicat résidait dans sa capacité à bloquer l’entrée ou la sortie des céréales au terminal EGT. En pleine saison de récolte céréalière, à la fin de l’été et au début de l’automne, EGT était particulièrement vulnérable. L’ILWU avait un besoin urgent du soutien de la puissance et de la solidarité d’autres syndicats, et tout particulièrement ceux de la chaîne du transport des cargaisons céréalières d’EGT.
Tout au début, le syndicat et ses alliés ont mobilisé des piquets de masse qui ont bloqué les trains qui transportaient des céréales. Ces trains étaient conduits par des membres du syndicat des conducteurs de locomotive BLE (Brotherhood of Locomotive Engineers), affilié à la confédération des Teamsters. Lorsque l’ILWU dut céder du terrain face à une répression policière massive, les trains recommencèrent à rouler. Jimmy Hoffa Jr., président des Teamsters, envoya alors une lettre où il s’engageait à soutenir l’ILWU dans la lutte contre EGT. Mais la solidarité la plus élémentaire aurait voulu que le BLE bloque les trains. Cela aurait été un défi à la loi Taft-Hartley et aux nombreuses autres lois qui interdisent de telles actions. C’est en défiant les lois antisyndicales et en luttant contre les flics et autres briseurs de grève que les travailleurs ont construit les syndicats dans ce pays. Et inversement, les syndicats ont été décimés quand ils ont sacrifié les armes de la lutte syndicale sur l’autel de la légalité capitaliste.
La section locale 701 des Operating Engineers, celle-là même qui a fourni ses jaunes à EGT, a reçu le soutien de Richard Trumka, président de la confédération syndicale AFL-CIO. Trumka a déclaré qu’il s’agissait là simplement d’un conflit de « juridiction » entre deux syndicats, conflit qui devait être résolu dans les bureaux des traîtres syndicaux au niveau national ! Comme nous l’écrivions dans notre article « L’ILWU se bat contre une menace mortelle » (Workers Vanguard n° 986, 16 septembre 2011) : « Le seul conflit de “juridiction” à Longview est entre le capital et le travail ! Et Trumka a choisi le camp des patrons. » C’était là une trahison pour le compte du Parti démocrate, qui est tout autant que le Parti républicain un parti des patrons, mais un parti auquel les bureaucrates syndicaux font allégeance en présentant les démocrates comme les « amis du mouvement syndical ». Trumka ne voulait pas qu’une bataille de classe de grande ampleur à Longview vienne menacer les chances de réélection d’Obama. Et en fin de compte les dirigeants de l’ILWU ne le voulaient pas non plus.
Le syndicat était dans une position difficile. Il n’est pas facile de l’emporter quand on est confronté à toute la puissance de l’Etat capitaliste. Mais la capacité de lutte du syndicat a été sapée par le soutien de sa direction aux mêmes forces de « sécurité nationale » auxquelles l’ILWU était confronté. En 2002, la direction internationale de l’ILWU avait collaboré à la rédaction de la « Loi sur la sécurité du transport maritime », qui visait à mettre au pas les docks dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » du gouvernement. Les dirigeants de l’ILWU avaient accepté la mise en place du TWIC, un système d’accréditation des employés des transports, auquel ils n’ont objecté qu’après sa mise en place. A cette occasion, ils avaient de façon scandaleuse montré du doigt en les présentant comme une « menace pour la sécurité nationale » les conducteurs de camion en majorité immigrés et non syndiqués dans les ports. Victimes de contrôles sur leur casier judiciaire et leur titre de séjour, des dizaines de milliers de travailleurs des ports se sont vu refuser cette accréditation « de sécurité ». De nombreux conducteurs de camion immigrés avaient préféré ne pas faire la demande, de peur d’être expulsés.
Parmi les délits susceptibles de motiver une interdiction d’accès aux docks sous le régime du TWIC figure l’implication dans un « incident lié à la sécurité des transports », y compris « s’être livré à une perturbation du système de transport ou à une perturbation économique dans une zone spécifique ». Des responsables des gardes-côtes se sont rendus dans les bureaux de la section 21 de l’ILWU pour menacer de retirer leur carte TWIC à des membres de l’ILWU si des actions de protestation perturbaient le chargement du cargo céréalier.
Face à la puissance militaire de « son » gouvernement, il était absolument nécessaire que l’ILWU en appelle à la solidarité de la classe ouvrière internationale. A l’automne dernier, plusieurs actions de protestation de faible ampleur avaient été organisées au Japon, en Corée et en Australie contre les attaques antisyndicales d’EGT. Il fallait que ces protestations soient suivies d’actions, et pour cela appeler les dockers, en Corée et dans toute l’Asie, à refuser de décharger les céréales mises à bord par les briseurs de grève et expédiées depuis le terminal EGT de Longview. Mais l’ILWU n’était pas le mieux placé pour faire cela, étant donné que ses dirigeants se vantaient bruyamment de défendre les exportateurs américains de céréales contre une multinationale « étrangère ». Les exportations de céréales et autres produits alimentaires sont utilisées comme arme par l’impérialisme US contre les ouvriers et opprimés du monde entier et pour maintenir les pays moins développés sous la botte de la « seule superpuissance mondiale ».
La nature même du travail des dockers, qui est dépendant du commerce mondial, illustre le fait que la lutte des travailleurs est internationale. Les dockers et autres travailleurs de la chaîne mondiale du fret ont une immense puissance sociale potentielle. C’est ce qu’explique très bien un article de JoAnn Wypijewski intitulé « Sur la ligne de front de la lutte de classe mondiale – la chaîne du fret » (CounterPunch, 1er mars 2010) :
« Aussi importante que soit la productivité pour la prospérité de l’industrie du transport maritime, il ne sert à rien d’aller vite dans les ports automatisés s’il y a des ruptures à un point quelconque de la chaîne entre l’usine et le consommateur […]. Aux Etats-Unis, cela implique l’acquiescement sans heurt non seulement des 60 000 dockers, mais aussi celle des 28 000 pilotes de remorqueurs et pilotes de port, des 60 000 conducteurs de camion dans les ports, des 850 000 conducteurs de camion de marchandises, des 165 000 cheminots, des 2 millions de travailleurs des entrepôts et de la distribution, des 370 000 livreurs de colis express, et des 160 000 planificateurs logistiques – et des groupements de travailleurs semblablement interconnectés partout dans le monde. Ils ne sont pas tous syndiqués, mais toutefois il ne serait pas nécessaire qu’ils disent tous non : juste un nombre suffisant d’entre eux, agissant de concert à des points vitaux de la chaîne. »
Mais grâce aux trahisons des dirigeants syndicaux, il n’y a pas eu de telles ruptures dans la chaîne du fret qui amenait les céréales dans le terminal EGT et les en faisait sortir. Il y a eu une exception notable et honorable, pour ce qui est du départ des bateaux chargés de céréales : l’Inland Boatmen’s Union, le syndicat des mariniers (qui fait partie de l’ILWU), a refusé de conduire les remorqueurs pour faire rentrer et sortir les bateaux. L’ILWU avait le dos au mur face aux forces militaires des Etats-Unis, mais le patriotisme de sa direction qui proclame « l’Amérique d’abord » sape sa capacité à en appeler à la solidarité internationale.
Les syndicalistes et leurs alliés qui se sont battus si courageusement doivent en tirer les leçons pour préparer les batailles futures. Pour que les syndicats soient des instruments de lutte contre les patrons, ils doivent rompre les chaînes forgées par les dirigeants traîtres qui lient les travailleurs aux intérêts des exploiteurs capitalistes et de leurs partis politiques. Pour que l’ILWU continue à exister comme syndicat industriel puissant, il est absolument nécessaire de mener une bataille lutte de classe pour syndiquer les très nombreux travailleurs non syndiqués comme les conducteurs de camion dans les ports, ce qui nécessite de combattre le chauvinisme anti-immigrés et de syndiquer ces travailleurs en leur faisant bénéficier des mêmes salaires, avantages sociaux et conditions de travail que les autres membres de l’ILWU. Des centaines de conducteurs de camion du port de Seattle sont en grève depuis deux semaines contre leurs conditions de travail insupportables et pour réclamer le droit à se syndiquer.
Il faut chasser les bureaucrates à la bannière étoilée, ce qui passe par un combat pour une direction lutte de classe, une direction dont la bannière sera le drapeau rouge de l’internationalisme ouvrier ! Une telle direction armera les ouvriers pour mener des batailles sans merci contre les exploiteurs capitalistes, et c’est sur cette base que l’on pourra forger un parti ouvrier multiracial, un parti qui luttera pour une révolution socialiste, afin d’en finir une bonne fois pour toutes avec tout le système de l’esclavage salarié, de l’oppression raciste, de la misère et de la guerre impérialiste.
Où le mouvement populiste Occupy remplace la lutte de classe
Cela en dit long sur les trahisons des dirigeants syndicaux que le mouvement populiste Occupy soit devenu le véhicule central de toutes les protestations contre les ravages de la catastrophe économique créée par les magnats de la finance de Wall Street. L’écrasante majorité des gens autour d’Occupy adhèrent au mythe d’un « bon vieux temps » du capitalisme américain où le gouvernement était censé représenter la « volonté du peuple ». Et pourtant, une grande partie de la gauche « socialiste » dans ce pays salue de façon opportuniste Occupy comme étant la clé de la revitalisation du mouvement ouvrier. Bien au contraire, son populisme à « 99 % » – qui s’étend aux flics, ces briseurs de grève racistes – dissout toute notion de la ligne de classe fondamentale qui sépare les ouvriers et leurs exploiteurs capitalistes.
Dans la région de San Francisco, des charlatans syndicaux adeptes du verbiage de gauche comme Jack Heyman, un bureaucrate de l’ILWU à la retraite, et Clarence Thomas, un ancien membre du comité exécutif de la section locale 10, ont vanté les mérites des « piquets communautaires » du mouvement Occupy qui ont bloqué le port d’Oakland le 2 novembre et à nouveau le 12 décembre. Pendant les jours qui précédaient les blocages d’Occupy du 12 décembre, au cours desquels les ports de Longview et de Portland ont également été paralysés en solidarité déclarée avec le combat de l’ILWU à Longview, Heyman expliquait que « si Occupy réussit aujourd’hui, cela donnera très probablement l’impulsion pour un blocage de tous les ports de la côte Ouest par les dockers lorsque le bateau briseur de grève arrivera ». Mais loin de construire une quelconque « dynamique », le blocage a réduit les travailleurs à jouer au mieux le rôle d’observateurs passifs, attendant sur le bord de la route qu’un médiateur se prononce sur le fait que traverser ces piquets serait ou non dangereux pour leur santé et leur sécurité.
Selon la description enthousiaste qu’en a faite Socialist Worker, le journal de l’International Socialist Organization (13 décembre 2011), il y eut beaucoup d’applaudissements à Oakland le 12 décembre lorsqu’on annonça que le médiateur avait rendu sa décision et que « les travailleurs étaient rentrés chez eux ». Quelle farce ! Les travailleurs n’étaient guère que des pions dans un théâtre d’ombres médiatique et juridique. Ce n’est pas nouveau pour Heyman et Thomas, qui ont bâti leur réputation « militante » dans le milieu de la gauche radicale de San Francisco avec ce genre de piquets communautaires.
Ce genre de piquets peut, de manière épisodique, être une tactique efficace en tant qu’action symbolique qui souligne la nécessité pour les travailleurs de manifester leur solidarité avec leurs frères et sœurs de classe en lutte. Mais ces actions ne contribuent guère à élever chez les travailleurs le niveau de conscience de leur puissance sociale et de leurs intérêts de classe. Alors qu’ils sont présentés comme autant de preuves de la combativité de l’ILWU, ces piquets qui rassemblent des militants de gauche, des libéraux et d’autres forces ont pour base la même acceptation des lois antisyndicales derrière laquelle l’ILWU et les autres dirigeants syndicaux cachent leur trahison des actions ouvrières combatives. On pouvait le voir dans une déclaration intitulée « Occupez les ports » publiée pour mobiliser en vue des blocages du 12 décembre, et qui expliquait que « les syndicats ouvriers sont contraints par une législation fédérale réactionnaire et antisyndicale […] à ne pas mener d’actions syndicales de solidarité ».
Les piquets de grève ne sont pas des spectacles de relations publiques organisés au profit des travailleurs. Ils ne sont pas non plus des actions de désobéissance civile de masse menées par les petits-bourgeois et autres éléments déclassés d’Occupy qui n’ont aucun rapport avec la production ni aucune puissance en rapport avec la production. Ce sont des lignes de bataille entre les travailleurs et les capitalistes qui tirent leurs profits de l’exploitation du travail. Leur succès repose sur la conscience et l’organisation des travailleurs mobilisés en tant que classe contre leur ennemi de classe.
La section locale de Longview de l’ILWU a sans nul doute apprécié l’écho que les actions de protestation d’Occupy ont donné à son combat contre les casseurs de syndicats d’EGT. Et qui l’en blâmerait ? Quand la direction de l’ILWU international a reculé, les travailleurs de Longview ont pris tous les coups tandis qu’EGT triomphait, que son terminal se remplissait de céréales et que les forces du gouvernement fédéral d’Obama étaient derrière lui pour les expédier. La solidarité des activistes d’Occupy avec les travailleurs est certainement la bienvenue. Mais les blocages d’Occupy ne pouvaient pas remplacer une mobilisation de la puissance de classe des travailleurs en lutte. Quelles qu’aient été les intentions des manifestants, leurs piquets auraient facilement pu se terminer par une confrontation entre d’un côté les manifestants et de l’autre les travailleurs et leur syndicat. C’est là précisément le programme de l’aile la plus « radicale » d’Occupy, incarnée par les anarchistes du collectif Black Orchid [orchidée noire] de Seattle, qui oppose ouvertement aux syndicats les forces largement petites-bourgeoises d’Occupy, présentées comme un « nouveau mouvement de la classe ouvrière ».
De toute évidence cela ne pose aucun problème à Jack Heyman. Il était un des principaux orateurs dans un meeting d’Occupy à Seattle organisé afin de mobiliser pour une caravane vers Longview au moment de l’arrivée du premier bateau au terminal EGT, et il a alors applaudi « notre sœur Barucha » qui « pense que les syndicats sont des institutions capitalistes », avant d’expliquer que c’est « ce qui est formidable avec ce mouvement Occupy […]. Nous avons des tendances différentes à l’intérieur et nous pouvons soulever nos divergences et nous retrouver quand même ensemble pour un seul but, qui est de remporter la victoire pour les dockers de Longview. » C’est un peu difficile pour des travailleurs qui luttent pour préserver leur syndicat de remporter la victoire avec des gens qui pensent que les syndicats sont des institutions capitalistes ! Mais cela fait tellement longtemps que Heyman se fait passer pour un syndicaliste « militant » auprès des libéraux de gauche qu’il ne peut même pas reconnaître la ligne de classe.
Comme l’ensemble de la bureaucratie syndicale aux Etats-Unis, la direction de l’ILWU international a embrassé le populisme à « 99 % » d’Occupy, sans doute dans l’espoir que cela accroîtrait les chances de réélection d’Obama. Mais les dirigeants du syndicat des dockers étaient hostiles au blocage des ports du 12 décembre. Dans sa lettre du 3 janvier aux sections locales de l’ILWU sur la façon de protester à l’arrivée du premier bateau, McEllrath conseillait aux dockers d’approcher les organisateurs des caravanes d’Occupy vers Longview avec « une extrême prudence ». Plusieurs bureaucrates locaux et membres de l’ILWU du Nord de la côte Ouest ont assisté à la réunion d’Occupy du 6 janvier à Seattle et ont exigé que cette lettre soit lue. Après avoir dû attendre pendant près de deux heures, ils se sont levés pour protester et une bousculade s’en est suivie. En repoussant la demande formulée par les responsables régionaux du syndicat qui subissait les attaques des patrons, les organisateurs de l’événement avaient ouvert la porte à une confrontation de ce genre.
En fait, il semble que ceci ait eu le don de réjouir le collectif Black Orchid. Dans une déclaration publiée après l’événement et intitulée « Unité contre gros bras syndicaux », ils ont condamné les responsables de l’ILWU pour avoir « essayé de nous empêcher de transcender leurs structures agonisantes ». Après cette confrontation, la section locale de l’ILWU à Seattle a voté une motion qui interdisait à ses membres « tout soutien formel ou informel à “Occupy” », ouvrant ainsi la porte à une chasse aux sorcières contre les membres de l’ILWU qui ont travaillé avec Occupy. Une chasse aux sorcières de ce genre pourrait bien se préparer ; elle doit être rejetée par l’ILWU.
L’Internationalist Group (IG), qui a pris fait et cause pour Heyman, nous a écrit pour nous demander « quelle est la position des spartacistes sur cet incident ? » Dans la réponse écrite que nous avons envoyée à l’IG , nous avons été on ne peut plus clairs : « Nous sommes du côté de la défense du syndicat contre l’offensive de cassage antisyndical d’EGT, soutenue par l’armée et les autres forces policières du gouvernement fédéral, et pas avec ceux qui, dans le mouvement Occupy, partagent la position que les syndicats doivent être éliminés. »
L’IG qualifie la politique d’Occupy de « populisme bourgeois » tout en lui reprochant simultanément d’essayer de contourner la bureaucratie syndicale « quand ce qu’il faut c’est mener bataille pour défaire et chasser ces “lieutenants ouvriers de la classe capitaliste” ». Mais Occupy ne fait pas partie du mouvement ouvrier, qui est l’endroit où cette bataille doit être menée. Notre lutte contre les bureaucrates syndicaux est une lutte politique ; nous sommes opposés à ce qu’ils subordonnent les syndicats aux intérêts et aux profits de la classe dirigeante capitaliste américaine. La politique populiste d’Occupy est au fond le reflet de celle des dirigeants syndicaux traîtres. Ceux qui, comme Heyman, l’IG et autres, encensent le mouvement Occupy en guise de substitut aux syndicats ont récolté les fruits de leur propre opportunisme grotesque au meeting de Seattle.
Le pouvoir aux travailleurs !
Occupy n’est pas, et ne peut être, l’instrument pour régénérer le mouvement syndical américain. Ceci est la tâche des travailleurs eux-mêmes. La question n’est pas simplement la préservation des syndicats existants, dont beaucoup ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient auparavant, mais la lutte pour les transformer en bataillons ouvriers de la lutte de classe. Avec sa majorité de membres noirs, la section locale 10 de l’ILWU dans la région de San Francisco établit un pont au-dessus d’une ligne de fracture fondamentale de la société américaine et donne au syndicat la capacité de lier sa puissance sociale à la colère des masses des centres-villes, dont l’existence est considérée sans aucune valeur par les capitalistes américains. Il en va de même pour les membres latino-américains de la section locale de l’ILWU à Los Angeles/Long Beach, qui constituent un lien vital avec l’importante population immigrée latino-américaine de Los Angeles. Ceci peut être un facteur décisif pour organiser les conducteurs de camion dans les ports, qui sont majoritairement immigrés et non syndiqués, et qui ont un rôle crucial à jouer quand il s’agit de bloquer les ports.
Pour pouvoir mener ces batailles, le syndicat doit inscrire sur sa bannière le combat pour les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés et lutter pour la cause de la libération des Noirs. Mais le syndicat lui-même est miné par les mêmes lignes de fracture ethniques et raciales sur lesquelles les patrons du transport maritime jouent pour diviser et affaiblir l’ILWU, en dressant les uns contre les autres les travailleurs de l’ILWU du Nord de la côte Ouest, majoritairement blancs, les syndiqués noirs de la baie de San Francisco et les syndiqués latino-américains de Los Angeles. En 1934, c’était une grève de toute la côte qui a jeté les bases de la fondation de l’ILWU ; elle unissait les dockers, les marins et les autres travailleurs du transport maritime. A San Francisco, où la lutte des dockers avait été le déclencheur d’une grève générale, la direction du syndicat en avait consciemment appelé à la population noire opprimée et s’était battue contre les tentatives des patrons d’utiliser les divisions raciales et ethniques pour casser la lutte des travailleurs.
La grève générale de San Francisco ne fut pas l’unique grande bataille de classe de 1934. Il y eut aussi la grève de masse qui prit naissance chez les ouvriers des usines de pièces détachées de l’automobile à Toledo, et les grèves des camionneurs de Minneapolis à l’issue desquelles fut forgé le puissant syndicat industriel des Teamsters. Ces grèves furent toutes dirigées par des rouges. Comme l’écrivait James P. Cannon, le fondateur du trotskysme américain, dont les partisans avaient dirigé les grèves de Minneapolis, dans un article sur la grève des transports maritimes de la côte Ouest de 1936 (reproduit dans Notebook of an Agitator [Carnet d’un agitateur], 1958), la signature d’une convention collective « n’est qu’une trêve temporaire, et la nature de ce genre d’accord se décide par le rapport de forces : la “justice” n’a rien à voir là-dedans. Les ouvriers n’auront la justice que quand ils prendront le contrôle du monde […]. Les patrons sont puissants tout d’abord parce qu’ils possèdent les bateaux et les docks, et que les ouvriers n’ont pas encore contesté leur frauduleuse prétention à cette possession. Et parce qu’ils possèdent les bateaux, les patrons possèdent le gouvernement. »
La lutte des travailleurs contre une exploitation de plus en plus brutale ne prendra pas fin tant qu’ils ne se seront pas débarrassés d’un système basé sur la production pour le profit et qu’ils n’auront pas instauré un gouvernement ouvrier qui arrachera les moyens de production des mains des propriétaires capitalistes rapaces pour en faire la propriété collective de la société. Alors, les progrès dans l’automatisation et les autres technologies, qui sont aujourd’hui utilisés comme arme contre l’emploi et le niveau de vie des travailleurs, seront utilisés pour réduire leur charge de travail et conduiront à de formidables améliorations des conditions de vie de la population dans son ensemble.
La voie pour aller de l’avant passe par la lutte pour forger une nouvelle direction lutte de classe des syndicats, qui mènera les batailles à l’issue desquelles un parti ouvrier révolutionnaire pourra être construit. Le but de la Spartacist League est de forger le noyau d’un tel parti, en tant que section américaine d’une organisation internationale révolutionnaire de la classe ouvrière. Comme l’écrivaient Karl Marx et Friedrich Engels il y a plus de 150 ans dans le Manifeste du Parti communiste : « Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
– Traduit de Workers Vanguard n° 996, 17 février
Protestez contre l'acharnement répressif de l'Etat contre l'ILWU de Longview et ses alliés !
Pour se battre contre l’EGT, les membres de l’ILWU et leurs alliés ont eu recours à des méthodes combatives de lutte de classe qu’on n’avait pas vues depuis des années aux Etats-Unis. En représailles, les dirigeants et les militants de l’ILWU sont victimes d’une campagne de surveillance et de violences policières. Il y a eu plus de 200 arrestations, dont certaines ont été accompagnées de poursuites judiciaires. Beaucoup de ces travailleurs traînés devant les tribunaux sont poussés à plaider coupable de délits pour éviter des poursuites criminelles.
Même si un accord a été maintenant conclu entre l’ILWU et l’EGT, Susan Baur, la procureure du comté de Cowlitz, continue d’intensifier la vendetta contre l’ILWU, main dans la main avec le département du shérif du comté et la police locale. De nouvelles accusations, parfois de crimes, sont concoctées des mois après les faits. Ces poursuites revanchardes visent l’ensemble du mouvement ouvrier dans le but d’intimider les militants syndicaux qui trouvent une inspiration dans la force qu’ont mobilisée les partisans de l’ILWU pour lutter contre les attaques anti-syndicales de l’EGT à Longview.
Ces dockers et ceux qui les soutiennent se sont battus avec courage et détermination. Maintenant nous devons lutter pour eux ! Le Partisan Defense Committee, une organisation de défense légale et sociale non sectaire associée à nos camarades américains de la SL/U.S. et se basant sur la lutte de classe, a envoyé une lettre de protestation au procureur du comté de Cowlitz exigeant l’arrêt immédiat des poursuites. La Fédération nationale des ports et docks CGT a fait de même en France. Nous appelons les syndicats et tous ceux qui s’opposent à la guerre des patrons contre les syndicats à se joindre à cette initiative.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/200/longview.html
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